Un article stratégique qui montre comment le gaming, l’esport, la musique, le cinéma, la mode et les contenus numériques peuvent devenir des moteurs majeurs de croissance, d’emploi et d’influence pour l’Afrique.
L’article “The rise of Africa’s creative economy”, publié par Brookings, analyse la montée en puissance des industries créatives africaines comme un levier économique majeur pour le continent. L’auteur part d’un constat central : l’Afrique n’est plus seulement un marché de consommation culturelle, mais devient progressivement un territoire de production, d’innovation, d’exportation et d’investissement dans les secteurs de la musique, du cinéma, de la mode, du gaming, de l’esport et des contenus numériques. Cette dynamique est portée par une jeunesse nombreuse, connectée, créative et de plus en plus capable de transformer ses talents en valeur économique mesurable. Brookings rappelle notamment que l’industrie africaine du gaming a atteint environ 1 milliard de dollars en 2024, avec 66 studios actifs dans 23 pays, et qu’elle pourrait atteindre 3,7 milliards de dollars d’ici 2030.
L’article inscrit le gaming dans une lecture plus large de l’économie créative africaine. Il montre que les industries culturelles ne doivent pas être perçues comme des secteurs secondaires, mais comme des domaines capables de générer des emplois, d’attirer des investissements, de renforcer l’image internationale du continent et de créer de nouveaux modèles de monétisation. La croissance de l’Afrobeats, l’expansion de Nollywood, les investissements internationaux dans la musique africaine, le développement de studios de jeux vidéo et la montée de plateformes numériques locales illustrent cette transformation. L’Afrique dispose d’un avantage structurel : son capital humain. Avec une population jeune, mobile-first et de plus en plus tournée vers les usages numériques, le continent peut construire une économie créative adaptée à ses propres réalités de marché.
L’article insiste également sur les opportunités d’investissement. Le gaming et l’esport sont présentés comme des secteurs particulièrement intéressants parce qu’ils combinent créativité, technologie, distribution numérique et modèles économiques scalables. Les usages mobiles, les microtransactions, les modèles free-to-play, le mobile money et les communautés en ligne créent un terrain favorable à l’émergence de nouveaux acteurs africains. L’exemple de Carry1st, présenté comme l’une des startups créatives les plus importantes du continent, montre qu’il existe déjà des entreprises capables de concevoir, distribuer et monétiser des contenus à l’échelle internationale.
Brookings ne présente cependant pas cette croissance comme automatique. L’article identifie plusieurs freins : déficit d’infrastructures, faiblesse de la protection de la propriété intellectuelle, difficultés d’accès au financement, informalité des entreprises créatives et fragmentation des marchés. Ces limites empêchent encore de transformer pleinement l’énergie créative africaine en industries structurées. Pour l’auteur, l’enjeu est donc de passer d’un potentiel créatif dispersé à des écosystèmes organisés, capables de protéger les talents, d’attirer les capitaux, de professionnaliser les chaînes de valeur et de créer des revenus durables.
La conclusion est très constructive : l’Afrique peut devenir une puissance créative globale si elle investit dans l’accessibilité, les infrastructures, la distribution, la diaspora et la structuration des marchés. Pour Betters, cet article est particulièrement utile car il permet de positionner le gaming non comme une niche, mais comme une composante stratégique de l’économie créative africaine, à la croisée de la jeunesse, de l’innovation, de l’emploi, de la culture, du digital et de l’investissement responsable.
Auteur
Landry Signé, Senior Fellow, Global Economy and Development, Africa Growth Initiative, Brookings Institution.